samedi 22 octobre 2011

Puis-je vous embrasser Monsieur le Douanier?

J’aimerais parler de la beauté des aéroports. Je sais, le sujet est largement dépassé, une thèse sur-utilisée depuis le 11 septembre. « L’amour est partout »,  même dans les gares d’embarquement, dit-on dans Love Actually. Or, un aéroport, peu importe son emplacement géographique, c’est un recueil de sentiments, une foire à frissons, une fosse commune d’étreintes, des milliers de papillons en cage… C’est inspirant.

 Je viens de laisser mon copain, à l’aéroport de Guadalajara, sur le pas de l’allée des douanes. À ce certain moment, avant de quitter quelqu’un pour dix semaines top chrono, une panoplie d’émotions s’entrechoquent. Les adieux, rien de pire. Des pleurs, des « je t’aime » à profusion, la sacoche par terre qui attend. Un câlin légendaire. Le baiser qui tue, celui de la toute fin. Le fameux départ. Le retour pour un autre dernier baiser, l’incapacité de se laisser. Des pleurs. Un bisou à l’envolée. Le dos tourné, marcher tout droit sans se retourner. Partir pour mieux revenir. L’attente à la barrière avant d’embarquer dans son avion. Le texto disant « I miss you already. » Les centaines de touristes te regardant pleurer en te prenant pour un petit chiot abandonné. Mais que c’est triste Orly le dimanche, avec ou sans bécot.

À l’entrée des douanes, il y a des centaines de bécots qui flottent dans l’air.

En revanche, les arrivées sont tout autant épiques. Du bonheur qui nous sort par les oreilles, par les pieds, par les mains, par les yeux. Des gens attendant avec des bouquets de fleurs de dernière minute. « On peut tout de même pas l’accueillir avec les mains vides ». Des femmes qui se sont maquillées, épilées, coiffées toute la journée durant, dans l’attente de leur mari. La distance attise le désir. Des enfants sautant dans les bras de leur père vêtu d’un complet Armani, serviette à la main. Des hommes empestant l’eau de cologne en attente de leur bien-aimée, elle aussi empestant le parfum de qualité exceptionnelle, emprunté à la boutique Hors taxes. Le paiement du stationnement toujours trop cher. Le sentiment d’arriver et de voir ses proches avec une pancarte, LA pancarte de bienvenue. Un long baiser langoureux, celui criant les mots : RELATION À DISTANCE. Un petit cri surexcité. Les amoureux sont seuls au monde.

À la sortie des douanes, il y a des centaines de petits îlots d’effervescences.

Il y a aussi le mini stress dérangeant de faire fouiller sa valise par des gardiens de sécurités intimidants et cruels. Les deux mains plongées dans les bobettes sales, ils inspectent les bouteilles de Tequila non déclarées, la nourriture dissimulée. « Mais Monsieur, il n’y en a pas à Québec… » La difficulté de refermer la valise. S’assoir dessus, ça fonctionne toujours. Le détecteur de métal qui sonne. « Ce ne sont que mes bottes monsieur. » L’ordinateur portable dans le bac gris. Les crèmes à mains, fonds de teint, brillants à lèvres, dans un petit sac Ziploc. Les bijoux de valeurs laissés aux douaniers car ils ne passent pas. Collier en diamant pour la femme du douanier. Montre en or pour le fils du douanier.

Aux douanes, il y a des centaines de cadeaux de Noël qui se font.

Vraiment, les aéroports regorgent de gens tristes à pleurer, ou heureux à en crier, c’est selon. Petit plaisir que de regarder les gens s’emporter dans leurs émotions, vraies, pures et dures. Le douanier en question représente ces sentiments si difficiles à cacher. Ce dernier nous fait réaliser à quel point on tient à une personne, à quel point on ne veut pas que le pilote se plante à l'atterrissage. Disons-le, à quel point: LA VIE EST BELLE!

Les douaniers sont de vrais JigSaw, sans le savoir.


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